L'exploration : lectures et entretiens exploratoires  
  Contribution : Jean-Paul Jeannin  
 


Le projet de recherche est donc momentanément orienté par un questionnement de départ, il s'agit maintenant de se décentrer de la vision initiale (forcément limitée).

Un recueil d'information sur l'objet étudié va permettre de trouver différentes manières de l'aborder, avec ses multiples dimensions.

L’exploration va ainsi permettre d’ouvrir les contenus du champs de travail, grâce à deux approches souvent menées en parallèle : d'une part un premier niveau de lecture et de recherche documentaire, et d'autre part des entretiens non directifs ou d'autres méthodes d’investigation sur le terrain (on pourrait parler de pré-enquête pour cette phase exploratoire).


Les lectures

Les lectures préparatoires servent d'abord à s'informer des recherches déjà menées sur le thème du travail et à situer la nouvelle contribution envisagée par rapport à elles. Grâce à ses lectures, le chercheur pourra en outre mettre en évidence la perspective qui lui paraît la plus pertinente pour aborder son objet de recherche.

Le choix des lectures demande à être fait en fonction de critères précis :

• liens avec le questionnement de départ
• dimension raisonnable du programme de lecture
• éléments d'analyse et d'interprétation
• approches diversifiées (disciplinaire, par supports : ouvrages, revues, internet...)
• temps disponible pour la réflexion personnelle, les échanges de vues, l’écriture.

De plus, la lecture proprement dite doit être effectuée à l'aide d'une grille de lecture appropriée aux objectifs poursuivis. Enfin, des résumés correctement structurés, sous forme de fiches de lecture, permettront de dégager les idées essentielles des textes étudiés et de les comparer entre eux.


Les entretiens exploratoires

Les entretiens exploratoires complètent concrètement les lectures ; ils permettent au chercheur de prendre conscience d'aspects de la question, absents de sa propre expérience et de ses lectures. Pourtant, ils ne peuvent remplir cette fonction que s'ils sont peu directifs car l'objectif ne consiste pas à valider les idées préconçues du chercheur, mais bien à en construire de nouvelles fidèles à la réalité du terrain.

Les fondements de la méthode sont à rechercher dans les principes de la non-directivité de Carl Rogers, mais adaptés en fonction d'une application dans les sciences sociales. Trois types d'interlocuteurs intéressent ici le chercheur : les spécialistes scientifiques de l'objet étudié (chercheurs - enseignants), les témoins privilégiés (professionnels - associatifs...), et les personnes directement concernées (public - usagers - bénéficiaires...).

Attitudes à adopter au cours d’un entretien exploratoire

• poser le moins de questions possible

• intervenir de manière aussi ouverte que possible

• s'abstenir de s'impliquer soi-même dans le contenu

• veiller à ce que l'entretien se déroule dans un environnement adéquat

• enregistrer les entretiens. En cas de prise de notes, prévoir un temps de travail aussitôt après l’entretien, pour mettre les notes en forme (trier, classer les idées), et les compléter de mémoire éventuellement.

L'exploitation des entretiens est double

D'une part, le discours entendu sera utilisé directement en tant que source d'information ; d'autre part, son interprétation en tant que processus doit rendre compte de ce que l'interlocuteur exprime sur lui-même sans que cela lui soit toujours perceptible. Les entretiens exploratoires sont souvent mis en œuvre en même temps que d'autres méthodes complémentaires, telles que l'observation et l'analyse de certains documents (compte-rendus - rapports...). Au terme de la phase exploratoire, le chercheur est souvent amené à reformuler sa question de départ en tenant compte des enseignements de ses lectures et des entretiens.


Reformulation de la question de départ

Il s’agit de confronter la question de départ aux informations recueillies au cours de la phase exploratoire et de l'adapter éventuellement au développement de la réflexion issue des apports de celle-ci. Cette restructuration de la question de départ se conçoit en trois temps :

1. dans sa formulation actuelle la question de départ traduit-elle l’objectif de recherche clarifié par les informations du travail exploratoire ?

2. reste-t-elle le fil conducteur de la démarche ? Si oui, pourquoi ? Si non, pourquoi ?

3. en cas de réponse négative à l’une des deux premières questions, la question de départ doit être modifiée ou reformulée entièrement.

La nouvelle question devra répondre positivement aux deux premières interrogations. S'il est important qu'elle traduise aussi justement que possible l’objectif de recherche, elle n'en doit pas moins conserver les qualités qui la rendent opérationnelle. Il est donc inutile de tenter d’y exprimer toutes les nuances nécessaires pour préciser le sujet. Une question de départ trop développée, commence en fait à traiter certains aspects de la problématique... ou tente d’apporter la réponse avant même d’effectuer la recherche.
 
 

 
 
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